La stratégie nationale financera des investissements majeurs en intelligence artificielle
- Vincent Desmarais-Adam

- 21 juil.
- 4 min de lecture

Publié initialement dans le Telegraph-Journal.
Ce que cela signifie pour les entreprises et les administrations locales du Canada atlantique
La nouvelle stratégie fédérale en matière d’intelligence artificielle (IA), L’IA pour tous, ne laisse aucun doute : le Canada prend au sérieux l’adoption de l’IA et les investissements dans ce secteur. Si elle est mise en œuvre de façon réfléchie, l’IA a le potentiel non seulement de transformer les industries, mais aussi de créer une prospérité durable pour les collectivités du Canada atlantique.
Le premier ministre Mark Carney a annoncé 2,3 milliards de dollars en programmes nouveaux et existants afin d’accélérer l’adoption de l’IA par les petites et moyennes entreprises, de stimuler les investissements publics et privés dans les entreprises d’IA, de renforcer les capacités souveraines du Canada en matière d’IA et d’améliorer la littératie en IA de l’ensemble de la population canadienne.
Selon M. Carney, l’IA peut réduire les temps d’attente dans les salles d’urgence et rendre les entreprises plus concurrentielles, « si elle est régie par les valeurs canadiennes et si elle a l’objectif clair d’améliorer la vie de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens ».
Cette stratégie est vaste et ambitieuse et comporte de nombreuses possibilités ainsi que des répercussions importantes pour les entreprises et les administrations locales du Canada atlantique.
Ce que cela signifie pour les entreprises
Le gouvernement fédéral est prêt à investir.
Il envisage de prendre des participations dans les entreprises canadiennes d’IA les plus prometteuses grâce au nouveau Fonds canadien de croissance technologique de 500 millions de dollars, qui offrira du capital de croissance flexible et du soutien à l’investissement. Le gouvernement fédéral deviendra également un client stratégique de référence en s’appuyant sur la politique Achetez canadien.
Alors que seulement 12 % des entreprises canadiennes utilisent actuellement l’IA, cette stratégie vise à porter ce taux à 60 % d’ici 2034. Pour accélérer cette adoption, les petites et moyennes entreprises auront désormais accès au programme LIFT de la BDC, doté de 500 millions de dollars, ainsi qu’à un investissement additionnel de 500 millions de dollars pour élargir et bonifier l’Initiative régionale en matière d’intelligence artificielle, administrée par les agences de développement économique régionales, notamment l’Agence de promotion économique du Canada atlantique.
Les PME pourront également évaluer leur niveau de préparation à l’IA et déterminer les cas d’utilisation ainsi que les retombées potentielles sur leurs activités grâce à un nouvel outil d’évaluation de la littératie et de l’adoption de l’IA. Un soutien ciblé sera également offert dans le cadre du Programme de développement des petites entreprises et de l’entrepreneuriat, tandis que 700 millions de dollars seront consacrés à une capacité de calcul souveraine abordable grâce à l’expansion du Fonds d’accès à une capacité de calcul pour l’IA.
Le secteur des soins de santé bénéficie d’une occasion immédiate avec l’annonce d’un investissement de 200 millions de dollars visant à améliorer les résultats en santé pour les Canadiens, première priorité du nouveau Programme de missions en IA.
Les retombées économiques de ces investissements seront importantes : on prévoit la création de 250 000 nouveaux emplois liés à l’IA d’ici 2031, auxquels s’ajouteront 90 000 emplois supplémentaires destinés aux jeunes.
Ce que cela signifie pour les administrations locales
Pour le Canada atlantique, la question n’est plus de savoir si l’IA arrivera : elle est déjà là. La véritable question est de savoir si la région contribuera à façonner cette nouvelle économie ou si elle regardera les investissements se diriger ailleurs.
Si les gouvernements, les entreprises et les établissements d’enseignement collaborent pour renforcer les infrastructures, développer le bassin de talents et créer un climat d’investissement stable, le Canada atlantique pourra devenir bien plus qu’un simple utilisateur de technologies d’IA. Il pourra devenir un acteur de premier plan dans la production des infrastructures et des innovations qui les alimentent.
Le gouvernement fédéral appuiera la construction de grands centres de données destinés à l’IA, capables d’atteindre une capacité d’au moins 100 mégawatts. Le Canada ne compte actuellement que cinq centres de données hyperscale de cette envergure, mais 96 autres sont en développement.
À l’échelle mondiale, les centres de données liés à l’IA pourraient nécessiter près de 5 000 milliards de dollars d’investissements, tandis que les besoins globaux en infrastructures numériques pourraient dépasser les 7 000 milliards de dollars.
Dans le Canada atlantique, Invest Nova Scotia travaille activement à attirer des investissements dans les centres de données, affirmant que la Nouvelle-Écosse possède « tout ce dont les exploitants de centres de données ont besoin pour demeurer concurrentiels dans un monde de plus en plus complexe ».
Au Nouveau-Brunswick, un centre de données de 2 milliards de dollars est actuellement prévu à Saint John. À l’Île-du-Prince-Édouard, le débat public porte sur la capacité du réseau électrique et des ressources en eau à soutenir un tel projet, tandis qu’à Terre-Neuve-et-Labrador, un projet de centre de données de plusieurs milliards de dollars serait alimenté par des éoliennes.
Ces projets illustrent une réalité importante : l’IA ne représente pas seulement une révolution logicielle. C’est aussi une révolution des infrastructures.
Chaque nouveau centre de données nécessite une alimentation électrique fiable, une connectivité à haute vitesse, des travaux de construction, une expertise en ingénierie et une main-d’œuvre qualifiée capable d’assurer les opérations à long terme. Le succès dépendra autant des politiques énergétiques, du développement de la main-d’œuvre et des processus d’autorisation que de l’innovation technologique elle-même.
Les investisseurs qui engagent des milliards de dollars doivent avoir confiance dans la prévisibilité des cadres réglementaires et dans la volonté des gouvernements de collaborer avec l’industrie tout en protégeant l’intérêt public. Parallèlement, les collectivités locales doivent pouvoir participer de manière significative aux discussions portant sur les impacts environnementaux, la demande énergétique et l’utilisation du territoire.
Trouver le juste équilibre entre ces priorités constituera l’un des grands défis des politiques publiques au cours des prochaines années.
La réflexion sur l’intelligence artificielle doit donc dépasser les seuls algorithmes et l’automatisation. En fin de compte, il est question de compétitivité économique, de développement régional et de la place qu’occupera le Canada dans l’économie mondiale.





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